France24 - Le Suisse qui voulait faire tomber le secret bancaire
Le Suisse qui voulait faire tomber le secret bancaire
Rudolf Elmer a remis à WikiLeaks, lundi, une liste de 2 000 personnalités et sociétés de premier plan disposant d’un compte en Suisse. De quoi mettre à mal le secret bancaire, et cet ex-banquier n’en est pas à son coup d’essai.
Par Sébastian SEIBT (texte)
Le secret bancaire suisse l’énerve au plus haut point. L’ex-dirigeant de la banque suisse Julius Baer, Rudolf Elmer, a connu son heure de gloire, lundi, en remettant à Julian Assange, la figure emblématique de WikiLeaks devant les journalistes du monde entier deux CD censés contenir le détail de 2000 comptes en suisse de personnes et sociétés de premier plan. Selon WikiLeaks, qui a publié en décembre plus de 250 000 câbles diplomatiques américains, les comptes d’hommes politiques britanniques, allemands, indiens et pakistanais figurent dans ce nouveau dossier explosif.
De quoi faire trembler le système bancaire helvète ? C’est en tout cas ce que Rudolf Elmer espère. Et pas seulement depuis hier. L’ex-dirigeant de la banque suisse Julius Baer s’est mis en tête depuis plus de 5 ans de dénoncer l’évasion et la fraude fiscales qu’il qualifie sur son site de "plus grand vol de notre temps". Une campagne qui lui a valu de sérieuse inimitiés dans le monde bancaire. Rudolf Elmer doit, ainsi, mercredi passer devant la justice suisse, accusé par son ex-employeur d’avoir volé et falsifié des documents.
Le contentieux remonte au début des années 2000. Rudolf Elmer dirige alors la filiale de Julius Baer aux Îles Caïmans. Un poste idéal pour observer le train-train des banques dans un territoire reconnu comme un paradis fiscal. Et le banquier ne se prive pas pour constituer un petit dossier personnel. En 2002, son employeur, convaincu qu’il dérobe des documents, le licencie.
Harcèlement
Trois ans plus tard, Rudolf Elmer transmet une liste de comptes de Julius Baer à des journaux. Le Wall Street Journal fait alors état d'accusations de fraude fiscale à l'encontre de la banque mais sans citer de noms. Ce n’est qu’en 2008 que l’affaire prend de l’ampleur. WikiLeaks, déjà, rend publics les documents fournis par l’ex-banquier suisse. Julius Baer attaque alors le site en justice et obtient qu’il soit fermé.
Mais quelques mois plus tard, une contre-offensive judiciaire de plusieurs associations de défense des libertés permet l’annulation du premier verdict. La banque suisse souffre alors d’une très forte publicité négative et WikiLeaks réussit l’un de ses premiers gros coups.
Julius Baer ne lâche pas pour autant son ex-employé. La direction accuse Rudolf Elmer d’avoir falsifié certains documents transmis à WikiLeaks et même d’avoir harcelé d’autres salariés de la banque. Rudolf Elmer reconnaît que certains documents peuvent être faux mais accuse de son côté la banque de les avoir ajoutés lorsqu’il récupérait les informations afin de discréditer l’ensemble des révélations.
La nouvelle liste de 2 000 comptes en Suisse ne concerneraient cette fois-ci pas que Julius Baer. Alors que son procès est proche, Rudolf Elmer espère peut-être ainsi apparaître moins comme l’homme d’une vendetta que comme le pourfendeur d’un système corrompu. Il compte également approcher un peu plus de son but affiché : amener le "scandale" des paradis fiscaux devant la Cour européenne des droits de l’Homme.
mardi 18 janvier 2011
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire